Santé maternelle et infantile : «Le projet AIM a redynamisé les unités de santé de base»

Lundi 6 juillet 2015 - 15:42

A M’Bagne et Guerrou, respectivement au sud et à l'est de la Mauritanie, le projet de santé maternelle et infantile, AIM-Health, redynamise l’approche de sensibilisation auprès des communautés, en renforçant notamment la santé obstétricale, mais également l’approche inclusive des mêmes communautés, à travers les comités communautaires de santé (CCOMs). 

« Les bénéficiaires du programme, la communauté, et le personnel des centres de santé nous rapportent des tendances positives du programme, notamment sur l’effet du projet sur la redynamisation du rôle des ASC. Cela, c’est grâce au projet AIM, car les ASC ne sont pas pris en compte dans le cadre de la stratégie nationale. D’ailleurs c’est une des craintes manifestées par le personnel médical de M’Bagne, qui est inquiet que la fin du projet marque la fin des ASC » explique Yahya Ali Marega, coordinateur santé de la base de World Vision à Boghé.

« Les communautés se sont appropriées le projet, à travers les COMMS particulièrement. Cela participe à augmenter l’état de l’offre de santé dans la zone. Les communautés apprennent à déceler leurs besoins vitaux de santé, et à y remédier avec une action de plaidoyer, grâce au CVA entre autres » continue-t-il.

A Ndiawaldi Mango, à M’Bagne, dans la commune de Niabina, Haby Ba est une assistante de santé communautaire (ASC) dans le cadre du projet AIM-Health, depuis quatre ans. « Je suis entrée comme volontaire, dans le seul but d’aider ma communauté. Je le suis toujours d’ailleurs, même si on a reçu une motivation financière » dit-elle. Une motivation qui a pris la forme d’une activité génératrice de revenus, avec 100.000 ouguiyas (300 dollars), grâce auxquelle elle vend des produits alimentaires dans la zone.

Comme Yahya Ali Marega, elle constate l’écho positif de leur sensibilisation auprès de la communauté. « Avant ce projet, la quasi-totalité de nos femmes enceintes accouchaient sans jamais avoir fait des CPN. Aujourd’hui 100% d’entre elles le font, ainsi que les consultations post-natales (CPoN) » affirme la jeune femme.

Le changement de comportements touche aussi les soins accordés aux enfants. « Les parents avaient recours essentiellement à la médecine traditionnelle. A présent les centres de santé sont pleins de jeunes patients ; parallèlement, tous les enfants de Ndiawaldi sont à jour dans leurs vaccinations, et la malnutrition infantile a reculé, même si nous avons dépisté 15 cas modérés jusqu’à présent en 2015. Mais c’est normal à cette période : nous sommes dans la période de soudure » précise la jeune femme, également mère de deux petits enfants.

Aminata Mamadou Ba, est mère de 5 enfants, dont la dernière, la petite Kadiata de 2 mois :

« J’ai suivi les CPN et les CpoN dans leur intégalité, pour la naissance de ma dernière, soient 4 visites avant l’accouchement auprès du gynécologue, et 3 après l’accouchement. C’est le premier de mes enfant à bénéficier d’un accouchement assisté médicalement au centre de santé ; et c’est la première fois que ça s’est aussi bien passé » témoigne-t-elle.

« Les premières fois où j’ai accouché à la maison, j’ai eu deux fois des hémorragies très importantes ; il s’en est fallu de peu à chaque fois, que je ne risque ma santé ou ma vie. Pour ma Kadiata, les ASC ont été proches de moi, de sa gestation, à l’accouchement : des CPN aux CPoN » précise-t-elle.

Dans ce processus nouveau pour elle, et relativement contraignant, le support et l’aide de sa sœur ont été des moteurs importants ; « mon mari étant souvent absent, c’est ma sœur qui m’amenait aux CPNs notamment, ou qui veillait à ce que les recommandations du médecin soient respectées » raconte la  femme, qui nourrit encore exclusivement son enfant au sein.

Le poste de santé de Ndiawaldi Mango, flambant neuf, à 150 mètres du village, fait partie des éléments structurels qui ont changé la donne dans l’évolution positive de la santé communautaire de la zone. Son infirmière-médecin, et cheffe du poste, Mariam Ousmane Sy, y est en poste depuis peu. Et depuis peu également, l’eau est connectée au poste. « Grâce au travail de plaidoyer des CCOMMS qui ont fait un plaidoyer efficace auprès des natifs de la zone, vivant à Nouakchott notamment, qui ont cotisé pour financer l’adduction d’eau pour le poste de santé » ajoute la cheffe de poste.

A M’Boto, toujours dans la commune de Niabina, le Comité Communautaire de Santé (CCOMMS). Il est chargé de détecter les pathologies récurrentes dans le village, et les lacunes infrastructurelles de santé, en synergie avec l’infirmier ; une fois celles-ci identifiées, une action de plaidoyer peut être lancée, par le CVA.

Le maire de la commune, Alassane Moctar apprécie le travail accompli par le CCOMMS de la commune. « Le développement est l’affaire de tous, et pas seulement des autorités publiques. Les citoyens en sont le cœur ; et des initiatives de ce type apporte cette synergie nécessaire pour une meilleure protection des intérêts de nos concitoyens » dit-il.

"C’est le premier de mes enfants à bénéficier d’un accouchement assisté médicalement au centre de santé ; et c’est la première fois que ça s’est aussi bien passé"

N’Diaye Mamadou, chargé des opérations au CCOMMS de M’Boto, salue le dynamisme du groupe de travail. « Nous faisons du porte-à-porte, auprès des chefs de familles notamment, dans les écoles également, pour nous enquérir de l’état de santé des enfants, accompagnés de l’infirmier » affirme N’Diaye. Des actions effectuées déjà dans 3 villages de la commune, depuis trois mois à peine que le CVA fonctionne à leur niveau.

Les cotisations dans les trois villages visités ont permis d’engranger 435.000 MRO (1200 Euros) pour le CCOMMS. « Cet argent sert essentiellement à financer les soins des plus vulnérables dans la commune » assure Tchilé Demba Diey, trésorière du CCOMMS. « Il sert aussi à appuyer les ASC dans leur lutte contre la malnutrition infantile (consultations, soins, farine fortifiée…) » ajoute-t-elle.

« Ce projet a été lancé dans un but purement communautaire, pour redynamiser les unités de santé de base, qui étaient quasiment mortes. Nous les avons relancées, ainsi que les ASC qui y étaient greffés » explique Zeïne Abidine Bâ, chef du projet spécial AIM-Health. « Rien n’existait au niveau de la santé de la reproduction ; à présent toutes ces communautés couvertes par le projet AIM, sont sensibilisées sur l’allaitement exclusif, la malnutrition, et prises en charges avec le forfait obstétrical » continue-t-il.

Un forfait dont a bénéficié Mariem Mint Boydiel, qui a accouché il y a deux mois et demi, et se présente toujours en période de suivi post-natal. C’est son quatrième enfant, dont deux de moins de cinq ans, et les quatre sont nés au poste de santé de Guerrou. Elle a obtenu son forfait obstétrical auprès du comité de gestion du village, grâce à Rokhaya Mint Aly, l’ASC de son village, Gharyett Leglagma, à 18km de Guerrou.

"On doit aider nos femmes vulnérables à accoucher dans les meilleures conditions possibles"

 

« Le montant de 5.500 ouguiyas a été prélevé dans la caisse de sécurité, qui est un fond d’urgence » précise l’ASC. Cette dernière suit actuellement une formation sur l’accouchement. « Sur les 7 femmes qui ont accouché cette année dans le village, seule une a refusé d’aller au poste de santé ; elle a accouché chez elle il y a 5 jours » affirme Rokhaya.

« J’ai postulé à cette formation, car dans les cas d’urgence, le poste de santé est trop loin ; nos femmes, vulnérables dans ces cas, ont besoin d’une compétence proche, pour les aider à accoucher dans les meilleures conditions possibles. On réduirait ainsi les risques de mortalité ou de complication de manière importante » explique-t-elle. A la fin de cette formation menée au centre de santé de Guerrou, en décembre 2015, elle intégrera le poste de santé de Gueyba, flambant neuf, à 7 kilomètres de Gharyett Leglagma. Parallèlement à cette « mission communautaire », Rokhaya, avec ses 100.000 ouguiyas de motivation a commencé un commerce de voiles, qui « marche plus ou moins ».

Fatih Ould Moussa, chef de Leglagma, et président du comité de gestion du village apprécie « l’éveil individuel et global » de sa communauté. « Au-delà du fait que nos femmes risquent bien moins leurs vies en accouchant, l’usage des pharmacopées traditionnelles a diminué » dit-il.

Le chef du village de Taghadett Iriji, à 18km de Guerrou-ville, Ahmed Ould Brahim, également président de la commission de gestion de la santé rappelle les cas de décès lors d’accouchements que le village comptait, avant l’avènement du projet. « Avec la sensibilisation poussée, des agents du projet, mais également par la suite, des maris, d’autres femmes, les accouchements assistés médicalement ont mis un terme à ces drames » affirme le chef, qui pointe tout de même du doigt les difficultés de transports pour aller au centre de santé, situé à Guerrou. « Un poste de santé dans les environs changerait beaucoup de chose » suggère-t-il dans un murmure souriant.