Esther - DRC

Un kit scolaire maintient les rêves d’Esther malgré les défis de son handicap

Écrit par Pascal Tshimanga (MEAL Officer) et Carine Maweja (Education Officer du projet EGAL)

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À l'âge de deux ans, un train est passé sur ses petites jambes dans un accident tragique. Elle a perdu ses deux jambes et a dû subir une amputation pour sauver sa vie, mais cela n'a pas pu arrêter son destin.  Treize ans plus tard, elle lutte contre l'adversité pour trouver sa voie vers un avenir meilleur. Esther (15 ans) était tout sourire et pleine de détermination lorsqu'elle a reçu son premier kit scolaire de World Vision.

Elle est l'aînée de sept enfants dans une famille où quatre sont déjà morts. Son père est décédé en 2012, alors qu'Esther n'avait que six ans. Aujourd'hui, elle est élève en 6ème année d'école primaire à Tshimbulu, à 120 kilomètres de la ville de Kananga, dans la province du Kasaï central.

Faisant partie des enfants soutenus par un projet financé par Affaires Mondiales Canada (AMC) visant à assurer l'Égalité d'Accès des Filles à l'Apprentissage (EGAL*), Esther a reçu gratuitement son kit scolaire, dans lequel elle a trouvé un tissu blanc et noir, neuf cahiers, une boîte de mathématiques, un sac à dos de taille moyenne, des stylos, des crayons, une latte et une gomme.

Esther : sa vie d'enfant, son handicap et ses études

"A l'âge de deux ans, en 2008, ma fille a eu un accident de train. Elle essayait de traverser la voie ferrée pour me suivre au marché où je suis vendeuse, à mon insu, et cet accident lui a coûté la perte de deux jambes coupées exactement au niveau de ses genoux", raconte sa mère les larmes aux yeux. Alertée par l'accident, la mère a transporté d'urgence son bébé, qui saignait abondamment et était en train de mourir, à l'hôpital local de Saint Joseph. Ses soins médicaux ont été partiellement pris en charge par les Pères de Don Bosco qui étaient venus rendre visite à Tshimbulu, où ses genoux guérissaient après une opération chirurgicale.

Comme si cela n'était pas assez douloureux, Esther a été une nouvelle fois déstabilisée lorsque ses parents ont divorcé. "J'ai choisi de rester avec ma mère parce que je pensais qu'elle pouvait bien s'occuper de moi. Et puis en 2012, papa est décédé après une courte maladie", raconte Esher.

En 2011, Esther a commencé l'école primaire, toujours avec le soutien financier de prêtres catholiques de la société Don Bosco. Sa mère a toutefois retiré la jeune fille de l'école. "J'ai décidé de retirer ma fille de l'école, en raison de la distance qu'elle devait parcourir chaque jour sur ses moignons d'amputation du genou: plus de 3 kilomètres ! En plus de cela, le mépris qu'elle subissait de la part des autres enfants ne lui permettait pas de se concentrer sur ses études et de rivaliser utilement avec les autres", dit la maman d'Esther.

"Je voudrais devenir couturière."

Afin de favoriser les études de sa fille, la mère d'Esther a dû vaincre de nombreuses difficultés pour lui permettre de payer les frais de scolarité, après avoir décidé de renvoyer l'enfant à l'école en 2015. "Ma mère a décidé de me faire retourner à l'école malgré mon âge avancé pour la sixième année. Elle soutient mes études avec les petits moyens provenant de son petit commerce de vente d'huile de palme. Mais cette année, j'ai eu des problèmes pour avoir des fournitures scolaires au début de l'année scolaire", explique Esther.

Esther entrain de faire ses devoirs à la maison
Esther la gauchère entrain de faire ses devoirs à la maison.

 

Elle ajoute : "J'aimerais apprendre le métier de styliste et de couturière dans un centre de formation professionnelle après mes études primaires, car c'est le seul métier qui me semble favorable compte tenu de ma condition physique."

Considération du handicap d’Esther dans sa communauté

Dans son quartier, Esther mène une vie simple : "Dans ma communauté, les gens chuchotent toujours dans mon dos lorsque je vais à l'école ou au marché. Souvent, je suis incapable de savoir s'ils disent du mal ou du bien de moi, surtout en raison de mon handicap", ajoute-t-elle. "À l'école, mes camarades me regardent avec compassion, tout comme les enseignants", explique Esther.

Selon elle, souvent à l'école, ses camarades sont inquiets de voir une fille avec un tel handicap se rendre à l'école à genoux. "Cela leur fait mal aussi", précise-t-elle.

"World Vision m'a aussi permis de me sentir bien!"

Esther, qui disposait d'articles classiques insuffisants pour une élève de 6e année primaire, a reçu de nouvelles fournitures scolaires de World Vision dans le cadre du projet EGAL, ce qui lui permettra désormais d'avoir un cahier par classe de matière. "Je n'avais pas assez de cahiers; je pouvais écrire deux leçons dans un seul cahier, mais World Vision m'a donné gratuitement un nouveau sac, des cahiers, des stylos, la coupe d'uniforme noire et blanche. Maintenant, chaque leçon peut avoir son propre cahier et maintenant j'ai une deuxième veste d'uniforme!"

Elle ajoute : "Je remercie beaucoup World Vision et je suis très heureuse, car les filles qui marchent sur leurs deux pieds n'ont pas reçu cette aide. Moi qui suis handicapée, je me sens valorisée. Que Dieu vous bénisse!"

Ce qu'Esther fait à la maison après l'école

"Après l'école, je joue aussi, mais rarement avec les autres filles", dit-t-ells. Esther fait des travaux ménagers dans leur foyer pendant que sa mère vend au marché. "Je m'occupe de mes petits frères et sœurs; je fais la lessive et la vaisselle en sortant de l'école. Cela me fatigue parfois. Ce travail m'empêche parfois de faire mes devoirs ou de réviser les notes des leçons."

Esther faisant les travaux ménagers
Esther faisant les travaux ménagers

 

Esther fait une demande à World Vision

Pour l'avenir, Esther pense que World Vision peut l'aider avec un fauteuil roulant pour lui permettre de se déplacer souvent de chez elle à l'école, et aussi une machine à coudre qui lui permettra d'apprendre la coupe et la couture après l'école primaire.

Elle conclut : "Ma mère ne pourra pas payer les frais de scolarité du TENAFEP (test national de fin d’études primaires). Si World Vision peut penser à moi et payer le montant qui me sera demandé ainsi qu'à d'autres personnes défavorisées."

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*Le projet EGAL a commencé en 2019 et prendra fin en Décembre 2022. Il s’attaque aux obstacles sociaux, financiers et sexospécifiques qui les empêchent de fréquenter l’école. Le projet contribue également à améliorer la capacité du système éducatif en renforçant la qualité et la sensibilité au genre des services éducatifs formels et informels. Pour en savoir plus, cliquez ici.