Le parcours inspirant d’Amina, mère de neuf enfants à Guidan Roumdji

Amina, ici assis au sein de son menage
Garba Mamoudou
Vendredi 6 mars 2026 - 08:58

Dans le département rural de Guidan Roumdji, la vie repose presque entièrement sur une agriculture de plus en plus imprévisible. Les pluies arrivent tard, les récoltes s’amenuisent d’année en année, et les opportunités économiques pour les femmes sont extrêmement rares. Dans ces villages isolés comme El Gada, Hawka Challa, Barago ou Dan Koullou, beaucoup de familles survivent au jour le jour, dépendant de champs qui ne produisent presque plus rien.

C’est dans ce contexte difficile qu’Amina Issoufou, 45 ans, vit depuis plus de dix ans en tant que veuve et mère de neuf enfants. Pendant longtemps, elle s’est battue seule pour nourrir sa famille. « Les saisons ne donnaient plus rien. Après les récoltes, il n’y avait plus aucune source de revenus. Je devais aller piler pour les autres, juste pour avoir quelque chose à donner à mes enfants », raconte-t-elle.
Sans bétail, sans économies, et avec des besoins croissants, la vie d’Amina était marquée par les privations, la honte de manquer de tout et le poids immense d’être l’unique soutien de sa famille.

Alors que beaucoup de femmes perdaient espoir, le Projet de Résilience Intégrée de Maradi, mis en œuvre par World Vision Niger avec l’appui du Programme Alimentaire Mondiale (PAM), est arrivé comme une réponse tant attendue. 

Pour Amina, ce fut un tournant. Elle décide de rejoindre un groupe d'épargne, le groupement Adaltchi Zoumountchi, composé de 36 femmes issues de plusieurs villages. Elle y voit une chance de sortir de l’impasse. « Quand j’ai adhéré, j’étais bloquée. Je n’avais aucune perspective. Le groupe d’épargne était ma seule porte de sortie. »

Grâce aux formations reçues sur l’épargne, la gestion financière et les activités génératrices de revenus, Amina découvre un potentiel qu’elle ne soupçonnait pas. Le groupement commence à produire de l’huile d’arachide et du savon. Amina, encouragée et formée, contracte son premier petit crédit dans la caisse du groupe. Elle lance alors un modeste commerce de légumes, de condiments, puis de beignets. « J’étais si heureuse de voir que je pouvais organiser mes ressources, épargner et même investir ! »

Les Saving Groups ne collectent pas seulement de l’argent : les femmes y apportent aussi du mil. Stocké jusqu’à la saison des pluies, il est ensuite redistribué selon la contribution de chacune, permettant d’avoir des semences sans difficulté au moment critique.

Peu à peu, la vie d’Amina change. Aujourd’hui, Amina est un exemple de réussite dans sa communauté : « Aujourd’hui, je peux nourrir mes enfants chaque matin avant qu’ils ne partent à l’école. J’arrive aussi à acheter régulièrement leurs fournitures scolaires, et même mon fils qui étudie au collège de Guidan Roumdji ne manque plus de rien. Quand l’un de mes enfants tombe malade, je n’ai plus besoin de vendre nos provisions alimentaires : je peux utiliser la caisse de solidarité du groupe ou les revenus de mes petites activités. Grâce à tout cela, j’ai pu acheter des chèvres et des moutons, un vrai patrimoine pour nous ici. Ma famille vit maintenant dans une stabilité que je n’aurais jamais imaginée il y a quelques années. »

Amina ne compte pas s’arrêter là. Elle rêve aujourd’hui d’acheter de plus gros ruminants et d’agrandir son cheptel. Elle veut prouver à ses enfants, et à toutes les femmes de son groupement, que l’espoir renaît lorsqu’une opportunité est saisie au bon moment.

Le parcours d’Amina illustre la puissance du groupe d'épargne, un outil simple mais profondément transformateur, et l’impact concret du partenariat entre World Vision Niger et le Programme Alimentaire Mondial (PAM) dans les zones rurales les plus vulnérables de Maradi.